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Monde

Dimanche 16 août 2009 7 16 /08 /Août /2009 14:07

Aux Etats-Unis, les images ont fait le tour des écrans et la "une" des journaux. On y voit le sénateur démocrate Arlen Specter, visage blême et lèvres pincées. Face à lui, un homme, la barbe grisonnante, éructe : "Un jour, vous serez devant Dieu et il vous jugera." Quel crime a commis le sénateur pour que l'homme évoque ainsi le jugement divin ? Il défend la réforme de l'assurance-santé voulue par le président Barack Obama.On est à Lebanon, une ville moyenne de Pennsylvanie. M. Specter est venu y expliquer le plan de la Maison Blanche. Un homme lui lance : "Avec cette loi, le gouvernement aura le droit de nous contrôler de la naissance au tombeau." Une retraitée ne veut pas "payer pour une assurance qui remboursera les avortements". Une autre élargit l'enjeu : "Le problème n'est pas la santé. C'est la transformation de ce pays en une Russie, en pays socialiste." Le sénateur démocrate n'est pas seul...Le sénateur n'est pas seul, les envoyés de la Maison Blanche sont de plus en plus accueillis par des groupes organisés qui portent la contradiction avec virulence.Les militants, souvent déjà actifs contre le droit à l'avortement ou la restriction des ventes d'armes à feu sont aux trois-quarts masculins. Ils ne discutent pas de la réforme de la santé, qui voudrait que l'assurance fédérale garantisse que tous les Américains soient assurés, ce que les compagnies privées considèrent comme une concurrence déloyale. Ces militants en appellent aux "valeurs " : la famille, la non-intervention de l'Etat, le refus de toute contrainte collective.Exemple typique : jeudi, Joe Donelly, un démocrate blue dog (conservateur sur les problèmes fiscaux) organise une réunion politique dans son Etat, l'Indiana. Un homme récemment licencié, Ron Ammerman, 35 ans, se lève : "Je suis responsable de moi-même, pas des autres, dit-il. Je ne devrais pas avoir à partager les fruits de mon travail avec d'autres." Il est contre la réforme car M. Obama empiète sur son libre arbitre. Et que, partager, c'est communiste.La santé coûte aux Etats-Unis 5 points de PIB de plus que dans les autres pays riches. Et elle laisse sans couverture 16 % de la population (46 millions d'individus). Comment l'améliorer ? Schématiquement, le débat opposait jusqu'ici les tenants d'une assurance-maladie publique concurrente des assurances privées, afin de faire baisser les coûts de celles-ci. Ce débat a basculé dans l'irrationnel. Des arguments insensés, des accusations infamantes, qui jusqu'ici émanaient de groupes ultraconservateurs, souvent racistes, influencent désormais les discours des responsables républicains et même de démocrates centristes, jusqu'à faire oublier les enjeux réels de la réforme.Le tournant est survenu le 7 août. Sarah Palin, ex-colistière du candidat républicain à l'élection présidentielle, John McCain, a écrit sur le site Facebook : "Mes parents ou mon bébé trisomique devront comparaître devant le tribunal de la mort d'Obama, où des bureaucrates décideront s'ils sont dignes ou non de recevoir des soins." La "santé nationalisée", ce serait l'euthanasie officialisée pour les vieillards et les handicapés. "Un tel système serait l'incarnation du mal", dénoncent les adversaires de la réforme.Ce fantasme est construit en dénaturant le sens de quelques lignes d'un projet de loi déjà adopté par trois commissions de la Chambre. Peu importe. Des groupes ultraconservateurs tels Americans for Prosperity et Freedom Works organisent des interventions dans les réunions publiques.
"MENSONGES NAUSÉABONDS"
Les démocrates s'étranglent d'indignation. M. Obama récuse des "déformations sauvages" sans rapport avec sa réforme. David Axelrod, son conseiller politique, dénonce des "mensonges et distorsions". Rien n'y fait. Ezekiel Emanuel, un oncologue renommé - et frère du chef de cabinet de M. Obama -, chargé de mission à la Maison Blanche sur des projets sanitaires, se voit reprocher trois lignes dans un ancien article scientifique censées prouver qu'il est un adepte des méthodes nazies d'euthanasie. Hitler ! Le nom est lancé : la réforme de la Maison Blanche est hitlérienne...Cela paraît ahurissant ? Ça l'est. Mais c'est aussi efficace. Les élus républicains ne justifient pas les pires outrances, mais laissent faire.Les démocrates, clame Mitch McConnell, le chef de la minorité républicaine au Sénat, "diabolisent des citoyens" qui ne font rien d'autre que défendre leur point de vue. Mi-juin, un sondage CBS-New York Times donnait 70 % des Américains favorables à la réforme de l'assurance santé. Cette semaine, selon un sondage Gallup-USA Today, 49 % de citoyens sont critiques sur la réforme. Ils ne sont plus que 43 % à l'approuver.La vague anti-réforme semble avoir pris les partisans de M. Obama par surprise. Ce dernier fait le pari de la rationalité des Américains : "A l'automne, lorsque les gens connaîtront la législation proposée, on entendra des arguments plus sensés", a-t-il déclaré.La base démocrate est appelée à se mobiliser. La centrale syndicale AFL-CIO a débloqué 15 millions de dollars (10,5 millions d'euros) pour promouvoir la réforme. Un lobby pro-Obama, le Health Care for America Now (HCAN), se mobilise. Le président met directement la main à la pâte avant de partir en vacances. Vendredi, il portait la bonne parole dans l'Etat du Montana. Il devait consacrer son week-end à s'expliquer dans le Colorado et l'Arizona.
Source: le monde

Par tietotekniikkaosasto - Publié dans : Monde
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Samedi 15 août 2009 6 15 /08 /Août /2009 12:20

C'est en tout cas toute la justice belge qui vacille après les révélations du quotidien économique flamand

Ce dernier, Stefaan De Clerck, a confirmé jeudi «avoir reçu un courrier de la part de la police judiciaire fédérale de Bruxelles» et assuré «suivre attentivement le déroulement de ce dossier». «L'enquête étant en cours, aucune déclaration ne peut être faite», a précisé la porte-parole du ministre. Le chef de la police judiciaire, Glenn Audenaert, a de son côté confirmé au

Toute débute en 2004 par une perquisition chez un avocat, Robert Peeters, soupçonné de malversations. Ce dernier aurait exercé un chantage sur des hommes d'affaires, les menaçant de rendre public l'existence de leur argent noir. L'avocat aurait bénéficié pour ce chantage de l'aide systématique de juges et de conseillers à la cour d'appel. Ces derniers auraient, selon les enquêteurs, prononcé des jugements et des arrêts permettant d'envoyer des huissiers à ces entrepreneurs, afin de les mettre sous pression. Les magistrats et conseillers concernés auraient alors touché au passage de l'argent en remerciement de leur collaboration.

La présidente du tribunal de commerce de Bruxelles visée

Là où l'affaire prend une plus grande ampleur, c'est lorsqu'on apprend que l'un de ces juges est Francine de Tandt, actuelle présidente du tribunal de commerce de Bruxelles. Or, c'est cette magistrate qui avait, en novembre 2008, estimé justifiée, dans l'intérêt de toute l'économie du pays, la décision du gouvernement belge

Les répercussions que pourraient avoir aujourd'hui ce scandale judicaire sont considérables. Si ce dossier, caché au public depuis des années, éclate au grand jour, «les conséquences pour la crédibilité de la magistrature seront incalculables», explique De Tijd.

Visée en premier lieu, Francine de Tandt a assuré au

La révélation en décembre que des membres de cabinets ministériels avaient pris contact avec des magistrats impliqués dans les dossiers Fortis, tant en première instance qu'en appel, avait entraîné

De Tijd. Le journal rapporte dans son édition de jeudi que la police judiciaire soupçonne des hauts magistrats du royaume d'avoir mis en place un système de corruption et de faux en écriture. Elle accuse aussi le parquet de Bruxelles et celui de la Cour de cassation de vouloir entraver son enquête pour protéger ces magistrats, raison pour laquelle le ministre de la Justice a été directement saisi.Soir la véracité des informations concernant le mécanisme de corruption à l'œuvre dans la magistrature. Et le système était bien rôdé.d'adosser le bancassureur Fortis à BNP Paribas, déboutant la plainte de milliers de petits actionnaires qui avaient vu fondre leurs investissements. Sa décision avait ensuite été cassée par la cour d'appel de Bruxelles, qui avait donné raison aux petits actionnaires, prolongeant la saga Fortis de plusieurs mois. La presse avait alors parlé de «Fortisgate» tant les conséquences politiques de l'affaire furent importantes. Standaard être l'enjeu d'une mise en scène et n'être au courant d'aucune des accusations portées contre elle. Robert Peeters, l'avocat suspecté de fraude, s'est lui aussi vertement défendu au micro de RTL.be : «C'est ridicule, ce sont des allégations qui arrangent bien certaines personnes, qui veulent mettre en cause des jugements que Mme De Tandt a rendus», explique-t-il. Selon lui, les décisions de justice prononcées par Francine De Tandt et qui n'ont pas fait l'objet d'appel, pourraient bénéficier d'une réouverture, si la présidente est reconnue coupable des faits aujourd'hui mis à l'instruction.les démissions du premier ministre Yves Leterme et du ministre de la Justice, Jo Vandeurzen. En mars, une commission d'enquête parlementaire avait conclu qu'en agissant de la sorte, ces collaborateurs avaient bien «mis en péril» le principe de la séparation des pouvoirs entre le judiciaire et l'exécutif. Le terme de corruption n'avait toutefois jusqu'ici jamais été prononcé.
source le figaro

Par tietotekniikkaosasto - Publié dans : Monde
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Vendredi 14 août 2009 5 14 /08 /Août /2009 13:53

débat sur la réforme de la couverture santé se poursuit aux Etats-Unis, sur fond de relents de racisme et de menaces visant directement le premier défenseur du texte: Barack Obama. Lire

Un parlementaire de l'Etat de Washington, qui avait récemment vivement critiqué certains participants à des débats municipaux sur le sujet, les accusant d'avoir "une mentalité de lyncheurs", a transmis à la police un fax de menace à l'adresse du chef de la Maison Blanche.

Le réprésentant démocrate Brian Baird a expliqué que ses services avaient reçu une photo du président américain grimé comme le "Joker", l'un des "méchants" des films de Batman, incarné par Jack Nicholson puis Heath Ledger à l'écran.

Sur le front d'Obama, dont le visage est blanchi, les yeux cerclés de noirs et la bouche élargie par deux cicatrices, on peut voir le symbole communiste de la faucille et du marteau croisés, avec en dessous le message "Mort à tous les marxistes. A l'étranger comme aux Etats-Unis".

Baird a précisé que la police du Capitole avait été informée ainsi que le Secret Service, chargé de la protection rapprochée du président américain.

Un peu plus tôt, David Scott, le représentant démocrate de Géorgie qui est noir, avait découvert une croix gammée peinte sur la façade de son cabinet d'avocat à Smyrna, une banlieue d'Atlanta. Scott a précisé avoir reçu ces derniers jours plusieurs lettres à caractère ouvertement raciste et présentant également Obama comme un communiste.

"Nous devons nous assurer que la croix gammée ne gagne pas. Il y a tellement de haine envers le président Obama (...) Nous ne devons pas nous laisser intimider", a déclaré à l'Associated Press ce parlementaire modéré d'une circonscription à majorité blanche.

Lui aussi a prévenu la police du Capitole et les autres services de sécurité.

Mardi à Portsmouth, dans le New Hampshire (nord-est des Etats-Unis), Barack Obama s'était fait offensif pour soutenir son projet de réforme de la protection sociale (Health Care), priant une foule de citoyens acquis à sa cause de ne pas écouter ceux qui cherchent à "effrayer et égarer le peuple américain".

"Parmi toutes les techniques visant à vous effrayer, il y en a une vraiment effrayante, qui consiste à ne rien faire", avait argumenté le président devant des partisans réunis dans un lycée du New Hampshire.

Soucieux de prouver que les assureurs peuvent tenir tête à une couverture publique, le président a fait une comparaison avec la poste américaine, qui, selon lui, est sans cesse distancée par ses concurrents privés, Fedex et UPS.

Un peu plus tôt, un sénateur républicain passé sur ce dossier au camp démocrate, Arlen Specter, avait été plus chahuté lors d'une réunion publique à Lebanon, en Pennsylvanie. "Les bureaucrates seront encore là après vous", lui avait crié un détracteur. Et un autre: "Mes enfants et mes petits-enfants vont payer pour ça."

Les opposants au projet ont même attaqué le parlementaire, atteint d'un cancer, en estimant que, sans le système de protection sociale actuel, il ne serait plus là pour en parler.
source: AP

Par tietotekniikkaosasto - Publié dans : Monde
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Lundi 10 août 2009 1 10 /08 /Août /2009 13:20

Dans un livre à paraître ce mardi aux Etats-Unis, deux journalistes américains dissèquent la campagne présidentielle de l'année dernière. Entre autres révélations, on y apprend les raisons qui ont poussé John McCain à désigner la controversée Sarah Palin pour concourir à ses côtés.

Dix mois, jour pour jour. Dans un pays où la symbolique fait sens, il fallait bien ça. C'est le temps qu'ont attendu Dan Balz et Haynes Johnson, deux vétérans du Washington Post, pour publier "The Battle for America 2008: The Story of an Extraordinary Election" ("La bataille pour l'Amérique 2008: Histoire d'une élection extraordinaire", ndlr). Très attendue, cette enquête en temps réel dissèque la campagne présidentielle de tous les superlatifs.

Sur la foi de mémos confidentiels, on y découvre notamment comment Sarah Palin, gouverneur de l'Alaska et second couteau républicain, a fait irruption sur la scène politique. Pour les deux journalistes, le choix inattendu de John McCain était avant tout "un énorme pari dans une campagne qui peinait à décoller".

"McCain pensait qu'il avait besoin d'un allié spectaculaire pour changer la donne, peut-on ainsi lire dans ce qui s'annonce déjà comme un best-seller outre-Atlantique. A mesure que l'échéance se rapprochait, ses conseillers se sont rendus compte que les défis à relever étaient insurmontables et contradictoires". Parmi ceux-là, prendre ses distances avec l'administration Bush, et dynamiser une base républicaine lymphatique.

Quand Obama jouissait d'un soutien sans faille et d'un système de fundraising (levée de fonds) impressionnant, McCain risquait de payer son statut de dissident au sein du Grand Old Party. Mais surtout, comme l'explique son conseiller Steve Schmidt, "il fallait retrouver cette fibre réformatrice".

Le nom de Palin s'impose

Au printemps, le candidat républicain couche sur le papier une liste de deux douzaines de noms. Certaines sources prétendent que Sarah Palin y figurait, d'autres soutiennent que non. Seule certitude, l'élue de l'Alaska y tient au mieux le rôle d'outsider improbable, au pire celui de figurante accessoire.

A la fin du mois de juillet, Rick Davis, le directeur de campagne de John McCain, s'inquiète de la popularité de Barack Obama auprès de l'électorat féminin. "De qui manquons-nous, se demande-t-il. Etudions à nouveau les candidates féminines". C'est à ce moment très précis que Palin se fraie un chemin parmi les six "finalistes". Dès lors, comment a-t-elle réussi à emporter la mise face à des adversaires aussi sérieux que Michael Bloomberg, le maire de New York, ou Mitt Romney, candidat maheureux à l'investiture républicaine? Mais surtout, comment a-t-elle obtenu les faveurs de McCain au détriment du Sénateur Joseph Lieberman, très proche du candidat?

Jusqu'au dernier moment, le sénateur Joseph Lieberman avait la faveur des pronostics pour accompagner John McCain dans le dernier round.

Comme le révèlent Balz et Johnson, un ticket McCain-Lieberman n'apporte pas de garanties suffisantes aux yeux des spin doctors républicains. Face aux militants anti-avortement les plus conservateurs et aux dévots apôtres d'un créationnisme infaillible, "McCain le maverick" risque de devenir "McCain, celui qui a détruit la coalition républicaine". Et le nom de Palin de s'imposer malgré les réticences.

Au terme de plusieurs réunions, Arthur Culvahouse, chargé de trouver le colistier idéal, prononce ces mots à l'adresse de McCain: "John, plus le risque est élevé, plus la récompense sera forte". La réponse du candidat républicain ne se fait pas attendre. "Tu n'aurais pas dû me dire ça. J'ai pris des risques toute ma vie", lui rétorque-t-il.

Un effet de surprise ménagé

Malgré son inexpérience, malgré la grossesse encore secrète de sa fille Bristol, Palin est pour l'équipe de McCain la seule susceptible de survivre à la convention républicaine du mois d'août. Tandis que les indicateurs d'opinion sont tous défavorables, les conseillers estiment que l'inexpérimenté gouverneur est la seule capable de donner un second souffle à une campagne moribonde.

Les deux journalistes décrivent ensuite, heure par heure, le plan républicain pour ménager l'effet de surprise: réservations dans un hôtel sous un faux nom, convois privés, et même hauteur du pupitre à Dayton, où doit se faire l'annonce officielle. "Une voiture noire s'approcha des marches d'un avion Learjet stationné sur le tarmac de l'aéoroport Ted Stevens d'Anchorage. A l'intérieur, Sarah Palin, gouverneur de l'Alaska, conduite par son mari Todd [...] Quelques minutes plus tard, elle était dans les airs. Tout avait été arrangé dans la confidence". Maintenant qu'elle aspire à un destin présidentiel en 2012, la lumière est faite.

Source :l'express   

Par tietotekniikkaosasto - Publié dans : Monde
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Mercredi 5 août 2009 3 05 /08 /Août /2009 14:04

Le scrutin présidentiel du dimanche 12 juillet au Congo-Brazzaville a permis, sans surprise, à Denis Sassou-Nguesso de s'offrir un nouveau mandat de sept ans. Totalisant déjà vingt-cinq années au pouvoir, « Papa Sassou » (comme il se fait appeler) a donc été réélu avec 78,6% des suffrages pour un taux de participation s'élevant officiellement à 66%, bien surprenant quand on sait le peu d'électeurs qui se sont rendus aux urnes.

La question de la participation est cruciale : en appelant les électeurs au boycott des urnes, les principaux opposants en avaient habilement fait l'enjeu véritable du scrutin.

Si nous n'avons vu aucune file d'attente -hormis celle, très bien organisée, à la mairie de Ouenze quelques minutes avant l'arrivée du président sortant et de son épouse- nous avons cependant croisé quelques députés français visiblement ravis de leur petite balade électorale dominicale.

« Ne soyons pas des Occidentaux arrogants. Essayons d'aider les Africains »

Ce qui nous a surpris : ni l'Union européenne, ni la France n'avaient envoyé de mission d'observation pour ce scrutin. Ces élus répondaient en réalité à l'invitation de membres ou organes du gouvernement congolais. Parmi eux, le député européen UMP sortant Jacques Toubon.

Ce proche de Chirac, ancien ministre de la Justice, a balayé devant la presse internationale les réservées émises par Miguel Amado, le chef de la délégation de la commission européenne :

« Ne soyons pas des Occidentaux arrogants. Essayons d'aider les Africains et non de les condamner avant qu'ils n'aient fait quoique ce soit, ce qui a été le cas en particulier du représentant de l'Union européenne. »

Miguel Amado avait en effet expliqué l'une des raisons ayant poussé l'UE à ne pas envoyer d'observateurs : « Les corrections apportées depuis le scrutin de 2002 ne sont pas suffisantes. »Le diplomate pointait notamment du doigt le recensement électoral qui « n'a pas été fait en bonne et due forme », faisant remarquer qu'un fichier électoral de 2.2 millions d'électeurs pour une population totale estimée à 3.8 millions d'habitants, « c'est trop, surtout en Afrique où un grand pourcentage de la population est jeune ».

Regrettant de « ne pas avoir été préalablement informé de leur visite », l'ambassadeur de l'UE a reconnu avoir eu un « échange tendu » avec les édiles français, et notamment avec Jacques Toubon. Rappelons que ce dernier a été nommé le 21 juin par Nicolas Sarkozy à la tête d'une mission chargée de préparer et d'assurer la mise en œuvre d'une initiative « 2010 - Année de l'Afrique ».

« Un grand moment démocratique » pour le député-maire UMP d'Elancourt

A la tête d'une obscure Coordination des observateurs franco-africains (Cofa), se déplaçant dans le sillage de Papa Sassou le jour de l'élection, on trouve Jean-Michel Fourgous, député UMP. Le président du groupe Amitié France-Gabon de l'Assemblée nationale a expliqué qu'il était là pour représenter son homologue d'Amitié France-Congo (François Michel-Gonnot), ce dernier n'ayant pu faire le déplacement pour ce « grand moment démocratique ».

Dès 11 heures du matin, le maire d'Elancourt affichait sa satisfaction devant la presse congolaise : « L'élection est libre (…), le taux de participation va certainement dépasser les 50% (…), la démocratie fonctionne. »

Le lendemain, il cosignait avec Jean-François Mancel, député UMP de l'Oise faisant lui aussi partie de la Cofa, un communiqué dans la presse progouvernementale en forme de diatribe contre Miguel Amado, indiquant même qu'ils demanderaient des « sanctions » à l'encontre du représentant européen.

De son coté, l'ambassadeur de France Nicolas Normand, a refusé de répondre à une interview au sujet de ces députés et autres personnalités françaises venus observer les élections.

Nous recevant tout de même après que nous avons été brutalisés lors d'une manifestation d'opposition par les forces de l'ordre -nos équipements ont été confisqués et détruits-, Nicolas Normand affirme lui aussi ne pas avoir été mis au courant de l'arrivée des députés pour l'observation du scrutin.

Fourgous et Mancel sont des proches du régime de Denis Sassou-Nguesso

Amis de la famille Kolélas -des opposants historiques ralliés à Sassou-, les députés Fourgous et Mancel constituaient ainsi la « délégation française » lors de la création de la Conférence des démocrates humanistes africains (Codeha) fin avril. Son coordinateur n'est autre que Guy Brice Parfait Kolélas, ministre congolais de la Pêche.

De même, Jacques Toubon, venu à Brazzaville en compagnie de Patrick Gaubert, président de Licra, ancien conseiller de Charles Pasqua et député européen jusqu'en juin dernier, répondait à l'invitation de la Commission nationale des droits de l'homme, contrôlée par le régime congolais.

Patrick Gaubert au Congo ? On se souvient de son rôle controversé dans l'affaire des disparus du Beach, dénoncé par la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).

En 1999, ces 353 réfugiés, rapatriés du Congo-Kinshasa voisin par le HCR après la guerre pour être remis aux autorités de Brazzaville, n'ont jamais été revus par leurs familles. Un procès tenu par la justice congolaise en 2005 n'avait pas permis de faire la lumière dans cette affaire.

 

Selon la FIDH, Gaubert a fait pression, en 2004-2005, sur les familles des disparus pour qu'elles abandonnent les poursuites intentées en France contre plusieurs responsables du régime de Denis Sassou-Nguesso.

Le représentant des éditions L'Harmattan mélange les genres

Autre rencontre intéressante, celle du juriste français Emmanuel Caulier. Avocat à Paris, chargé de cours magistral à l'université de Paris-Descartes ainsi qu'à HEC, Me Caulier était à Brazzaville pour le compte du cabinet Geo-Ecostrapol, chargé de l'organisation de l'observation.

Ce cabinet, fondé et dirigé par Anatole Collinet Makosso, conseiller du président Sassou et directeur de cabinet de la première Dame, se veut un « organe de réflexion » visant à influencer les décideurs de tous les domaines.

Avant le scrutin, quelques 350 observateurs de la dite société civile -elle aussi sous contrôle du régime en place- ont reçu le manuel du parfait observateur, rédigé et signé par Anatole Collinet Makosso.

Ce dernier est aussi représentant des éditions L'Harmattan à Brazzaville, et co-auteur d'un livre sur l'affaire des disparus du Beach publié par l'éditeur parisien, le seul ouvrage sur ce thème… qui nie la disparition des 353 réfugiés congolais.

Interrogé sur la compatibilité de toutes ses fonctions en période électorale, Anatole Makosso assure « être capable de dissocier » ses occupations pour livrer une analyse impartiale du scrutin. Assurant « gagner moins en quelques jours à Brazza qu'à Paris », Maître Caulier n'est pas non plus gêné par ce cumul de fonctions.

La plupart des 350 observateurs, dont Geo-Ecostrapol compilera les conclusions, ont pourtant été recruté dans les rangs de l'association Concertation pour l'encadrement de la jeunesse, fondée et présidée par le même Makosso.

Pour Toubon, « plus difficile d'avoir des cadenas à Brazzaville qu'à la Samaritaine »

Pointant certaines « insuffisances », Emmanuel Caulier a finalement estimé lors d'une conférence de presse « que l'élection présidentielle du 12 juillet a été libre, transparente et démocratique ». Alors qu'on lui demandait si, confronté aux mêmes insuffisances en France, il aurait livré la même conclusion, Me Caulier, rougissant soudainement d'embarras, a répondu d'un petit « non ».

Jacques Toubon a lui aussi émis quelques réserves, pour la forme. L'ancien maire du XIIIe arrondissement de Paris a constaté que « beaucoup d'urnes n'étaient pas fermées, faute tout simplement de cadenas », avant d'ajouter qu'il est « probablement plus difficile d'avoir des cadenas à Brazzaville qu'à la Samaritaine à Paris ».

Selon Toubon, ce sont des élections qui « correspondent à l'état de la démocratie dans un pays comme le Congo ». Les critères de démocratie et de droits de l'homme ne sont-ils pas universels ? Réponse : « Du haut de votre arrogance, vous jugez les Africains. »

Dans un pays où, selon les Nations unies, 70% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté, nombre de Congolais nous ont pourtant répété tout au long de notre séjour qu'ils voudraient percevoir les dividendes de la manne pétrolière et de la coupe du bois. Les entreprises françaises Total et Bolloré en ont les plus gros contrats.

Bourrages d'urnes, fichier électoral obsolète, dépouillement à la bougie…

La France continue-t-elle d'apporter un soutien infaillible au régime de Denis Sassou Nguesso ? Ce serait critiquable, après les deux prises du pouvoir par les armes de l'intéressé -en 1979 lors d'un coup d'état, et en 1997 à l'issue d'une guerre civile qu'il a provoquée-, et après une élection considérée comme non démocratique par les observateurs internationaux en 2002.

Pourtant, les hommes politiques français rencontrés le jour du scrutin encensaient la stabilité retrouvée sous le régime de Sassou, refusant d'admettre que la confiscation de l'espace démocratique par le pouvoir porte en elle les germes même de la contestation par les armes, de la gabegie et du sous-développement.

 

Ce dimanche électoral, nous avons ainsi été témoins d'une distribution de billets par « des hommes du Rassemblement pour la majorité présidentielle », comme les décrivent les habitants, dans un quartier sud de Brazzaville, où l'abstention a été la plus élevée.

« Ils donnaient de l'argent en échange du vote pour Denis Sassou Nguesso », a expliqué un habitant. « On ne peut pas nous intimider avec de l'argent ! », s'est exclamée une jeune fille.

L'Observatoire congolais des droits de l'homme (OCDH), membre de la FIDH, a rapporté nombre d'irrégularités lors du scrutin, boycotté par six candidats de l'opposition. Bourrages d'urnes -peut-être facilités par l'absence de cadenas que relevait Jacques Toubon-, fichier électoral non mis à jour, électeurs n'ayant jamais reçu leur carte, bureaux de vote installés chez des particuliers, dépouillement à la bougie à défaut d'électricité… la liste est longue.

Quand l'ambassadeur de France oublie d'inviter les médias internationaux

Surtout, l'OCDH, qui avait déployé 47 observateurs, estimait qu'il serait « un miracle de voir le taux de participation dépasser 20% », loin des 66% proclamés par la commission nationale électorale.

Cette faible affluence est pourtant signe de la désaffection des Congolais pour un exercice électoral proposé par Papa Sassou. Le président sortant avait au moins le soutien de ses thuriféraires venus de France, dont la liste comprend aussi Marcel Ceccaldi, ex-conseiller juridique du Front national.

Au cours d'une conférence de presse à laquelle les medias internationaux n'ont pas été invités -sur consigne du Quai d'Orsay, comme on l'a appris de sources diplomatiques- l'ambassadeur de France a pourtant lui aussi salué « le bon déroulement et la bonne organisation de l'élection », qui devrait permettre au Congo « d'entrer dans une ère de stabilité favorable à son développement ».

Pas de mot à la presse internationale donc. Cette dernière, et France 24 et RFI en particulier, ont pourtant été la cible d'éditoriaux enflammés de journaux progouvernementaux dont Les Dépêches de Brazzaville, dirigé par un Français et sponsor du centre culturel français de la capitale congolaise, où l'on ne trouve pas, comme dans ses homologues des pays africains, de posters de RFI ou de France 24.

Menaces téléphoniques en pleine nuit, visite d'agents des services de renseignements à l'hôtel et autres intimidations ont suivi, jusqu'à l'agression policière contre France 24 et la BBC lors de la répression d'une manifestation pacifique d'opposants.

Quand l'ex-colonie érige une statue de son colonisateur français

Une anecdote pour finir : parmi les réalisations de Papa Sassou, on peut citer l'érection d'une statue et d'un mausolée, à la gloire de Pierre Savorgnan de Brazza, père de la colonisation française au Congo et au Gabon.

Le monument, de dix mètres de haut, a été érigé et inauguré à grand frais en 2006, en présence de Sassou, feu Omar Bongo, Philippe Douste-Blazy, alors ministre des Affaires étrangères, et même Bernard Kouchner, qui n'occupait pourtant pas de fonctions officielles à l'époque.

Le coût du monument, de plusieurs millions d'euros, avait été pris en charge par les gouvernements congolais, gabonais, et des entreprises françaises.

Une ex-colonie qui célèbre son ancien colonisateur ! Voilà qui en dit long sur le mariage grassement consommé entre la France et le régime de Sassou. Nicolas Sarkozy avait promis qu'il y mettrait un terme, mais au Congo-Brazzaville, la Françafrique a de beaux jours devant elle.

Source: rue 89

Par tietotekniikkaosasto - Publié dans : Monde
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